Echange sans urgence

Echange vertige
contre coton-tige
et six tares
contre sourde oreille
Echange dix rames
contre ma devise
et blanc wagon
contre train de nuit
Echange deux mains
contre dernier voyage
et pierre qui roule
contre cerf volant
Echange trois pommes
contre quatre feuilles
et cinq doigts
contre cyprès
Echange air conditionné
contre libre voix
et musique de chambre
contre corps de chasse
Echange cocotte minute
contre énergie renouvelable
et vielle marmite
contre sous peu
Echange étoile filante
contre ours polaire
et vers opaques
contre clair de lune
Echange pousse-pousse
contre canne blanche
et lunettes noires
contre oeil pour oeil
Echange vieux croquis
contre sang neuf
et grise mine
contre couleur locale
Echange tableau noir
contre drapeau blanc
et bâtons d’hébergée
contre âne à thème…

© Amina MEKAHLI

Le tueur de bruit

Et tous les rêveurs se rencontreront au moment du silence mais le silence n’a pas son moment, le silence est exigent plus exigent que toutes les femmes, le silence est capricieux, fragile, il menace de rompre à chaque bruit d’eau à chaque battement d’aile de papillon, à chaque vol d’oiseau. Le silence est frénétique nerveux toujours en partance.

Le rêve attend le sommeil et le sommeil attend le soleil qui ne se couche pas, la nuit qui ne vient pas,les yeux qui ne tombent pas, les étoiles qui se perdent et s’oublient loin des bruits des rêveurs qui attendent, qui finissent par rêver de silence avant de s’endormir.

Les rêveurs éveillés rêvent tous de silence mais le bruit est vie, vie de l’autre, vie partout, vie ailleurs. Le rêveur éveillé rêve de la mort du bruit.

Le dormeur a tué le bruit, il est l’assassin du bruit de l’autre en vie. Le rêveur endormi est le dieu Silence, le seul survivant du monde du bruit. Le rêveur endormi réinvente alors le bruit d’un monde meilleur, un bruit meilleur, un bruit fait du silence des autres. Un bruit d’un monde dont il est le tueur, l’assassin des briseurs de silence.

© Amina MEKAHLI

Afrique des papillons (lettre à Paul Nwesla)

Les papillons le savent et pourtant ils se battent pour sortir du cocon, battre des ailes le temps d’un battement de cils ,sourire au soleil qui sait lui aussi sa pitié pour leur fin annoncée, déjà, d’emblée, sans recours…

Les papillons le savent et pourtant ils sont notre émerveillement et notre contemplation de leur amour pour la vie, une seconde, un instant. Leurs couleurs sont nées pour vivre ,leur vie est née pour mourir…et pourtant Paul toi tu le sais et moi je le sais aussi, mais nos couleurs vivront et notre Afrique sera toujours pleine de papillons…

© Amina MEKAHLI.

Mon texte est inspiré du poéme « Le cimetière des talons » par Paul Nwesla.