Impact désert

Le vent me laisse un parapluie
quand de nuit je suis trempée
de tristesse et de trajets
Le vent me donne la main
quand mes pieds content
leurs pas
Le vent me chante l’adieu
quand l’au-revoir bleu
blanchit mes cheveux
Le vent me rit au nez
quand je souris des yeux
à ta bouche bannie
Le vent me tourne le dos
quand j’avance en reculant
vers mon étrange pays
Le vent me serre dans ses bras
Quand je m’endors déchue
sur une terre indue
Le vent me souffle sans peine
Quand je plante mes larmes
sur des pétales séchés
Le vent me dresse dune
immortelle et fragile
sur un puits inconnu
Le vent me dessine ton âme
et ton âme me dessine
le vent
Le vent emporte le sable
et le sable me porte
vers toi.

© Amina MEKAHLI

Si tendresse me quitte

Si tendresse me quitte
Aux portes du sourire
Quand pas est fait
En avant
Quand pas est fait
En arrière
La voix se tente
A chanter deux
A chanter un et un

Si tendresse me quitte
Ne la reconnaitrais plus
Au milieu du geste
Incertain
A mis le lieu trop loin
Des yeux
Au bord du rêve blanc
Etendu au vent
Qui décide

Si tendresse me quitte
Là avant là bas
Je ne voyage tant
Que debout
Ni ne regarde passer
Les plans
Reprendre le fil cassé
Des jours vacants
Les repriser

Si tendresse me quitte
La nuit sera nuit
Le jour
Nuit blanche
Les heures creusent
Dans l’élan
Aplati au marteau
La caverne d’oubli
Où tendresse est écho.

© Amina MEKAHLI

La poésie muette

J’ai vu de la poésie,
Dans une salle d’hôpital, où des femmes affolées disent à une femme qui serre une petite fille dans ses bras en pleurant :Vous êtes sa maman, vous étiez où, cela fait un moment qu’elle crie de douleur après sa sortie du bloc ?et la femme qui après avoir calmé la petite fille, leur répond : Non je ne suis pas sa maman, je suis venue en consultation, j’ai entendu des cris d’enfant, j’ai accouru.

J’ai vu de la poésie,
A la sortie d’un marché, un homme qui donne son couffin plein, à un vieux qui lui tend la main timidement, et lui dit d’une voix pleine d’émotion : Tiens mon vieux et rentre chez toi il faut trop froid pour rester sous la pluie.

J’ai vu de la poésie,
Dans la rue, où un homme battait sa femme sous l’œil curieux des voisins qui n’intervenaient pas,et un vieux qui s’interpose en disant : Je n’ai plus la force de frapper, mais toi tu l’as, alors frappe moi et laisse cette femme.

J’ai vu de la poésie,
Sur une plage magnifique, où un petit garçon haut comme trois pommes, a pris un sac en plastique et s’est mis à ramasser les détritus laissés sur le sable, après le départ d’un groupe de jeunes qui jouaient de la guitare et qui chantaient, sans que personne ne lui dise de le faire.

J’ai vu de la poésie,
Dans un orphelinat, où un jeune couple avec un bébé dans un landau, s’occupe très bien des enfants et à qui on demande : C’est votre enfant ? Vous le ramenez avec vous tous les jours au travail ? Nous on vit ici, on a grandit ici aussi, nous nous sommes mariés et notre fils est né ici, on est de vieux orphelins qui essayent de faire en sorte que les plus jeunes ne le soient plus, disent-ils en souriant timidement.

J’ai vu de la poésie,
Dans des gestes de vie, des gestes de beauté, de beauté sans discours, une poésie muette dont le seul talent est la beauté du geste.

© Amina MEKAHLI

Matin d’Echange

Echange
Vision trouble
Contre idées claires
Et vague à l’âme
Contre grand large
Echange
Pupille dilatée
Contre bras serrés
Et poupée mécanique
Contre ours en peluche
Echange
Clavier usé
Contre pianiste neuf
Et mains malades
Contre esprit vif
Echange
Deux astronautes
Contre un internaute
Et trois petits tours
Contre quatre dimensions
Echange
Deux chrysanthèmes
Contre une immortelle
Et un bouquet garni
Contre une pensée sauvage
Echange
fausse impression
Contre vraie vision
Et la raison du plus fort
Contre ma folie de bergère
Echange
Mes grains de beauté
Contre un désert de sable
Et mon dernier mot
Contre le premier halo.
Echange
Mes petits plats
Contre la fin de la faim
Et mes grandes illusions
Contre une petite fugue
Echange
Mes souvenirs fanés
Contre un sourire refleuri
Et un merlan en colère
Contre une truite de Schubert.

© Amina MEKAHLI