Petit sortilége

Esprit carré sous carré de terre.
La terre est ronde.Oui mes enfants.
La terre est ronde comme une pomme.
Une pomme de terre conte la fin

J’ai fin de toi, d’aiguille en fil
Poisson volant au mois d’avril
Heures de toi au loin s’empilent
Collier de temps, absence d’exil

J’ai fin de toi beau sortilège
Jeté sur mes rides en cortège.
Âge de pierre ou âge de neige.
Fondras-tu ?ou fondrai-je ?

Mange,
Est ta réponse,
Mange à ta fin
Est ton sarcasme.

J’ai fin de toi cœur de pique
Ventre en trèfle à quatre feuilles
Une feuille, une heure sur l’étagère
S’envole au vent, aux quatre vents.

J’ai fin de toi compote de potes
Fruits qu’on fit avec une fleur
Quand le soleil buvait mon heure
Arpentes-tu déjà mes lenteurs?

Mange encore,
Est ta réponse !
Mange une feuille
Est ton sarcasme.

Peine de conscience et peine de cœur.
Le cœur est rond, oui mes enfants
Le cœur est rond comme une panne
Une panne de cœur conte la faim.

© Amina MEKAHLI

Jument pucelle

Crinière brulée et front en nage
Malin tournoi, tournoi malin.
Jeux de quilles et quilles de vilains
Main sans doigts, doigts sans anneau
Anneau gastrique justifie les moyens.

Crinière de feu, visage visqueux
Maudit voyage, voyage maudit
Chemin tout droit sans pied gauche
Canne à sucre, yeux fermés.
Chien d’aveugle, laisse en joug.

Crinière charnière, chainon manquant.
Primate premier, premier primate.
Sujet singeant, couronne de pain.
Fausse fourrure sur vraie sottise.
Cervelle au beurre et cœur grillé.

Crinière au vent, paupières closes
Espace temps, temps espace.
Ailes brulées, ange déçu.
Dents blanches sur idées noires
Prairie verte pour brebis retrouvée.

Crinière rasée, crâne pudique.
Désirs timides, timides désirs.
Cheval chauve, chauve souris
Sourire en coin, angle obtus.
Tiroirs fermés, plan commode.

Cheval poulain, jument pucelle.
Baisers fermés, ombrelle ouverte.
Soleil de plomb, ombre chinoise.
Bourse des valeurs, principe de Peter.
Joker atout, atout joker.

© Amina MEKAHLI

La mort de l’enfant soldat

Sur les bords du cil s’installe et se profile
Le souvenir hideux de l’œil en exil
Frileuse mémoire qui ne dort ni ne file
Quand devant le présent les images se faufilent.

Un visage humecté se contraint au sourire
En un rictus tremblant de fièvre en délire
La bouche rassemblant ses troupes pour partir
Dans un râle étranglant une gorge en soupirs

Le cou de mille nœuds bleuâtres se dessine
Et la poitrine s’agite se déploie et s’échine.
Sur un cœur mal en point et un rythme qui décline
Décline, décline, décline, décline…

La peau s’éteint, le muscle se fane et s’endort
Les mains s’agrippent au vide en un vain essor
Le corps hurle, trahi par sa sève qui s’évapore.
Les oreilles s’attardent sur un factice désaccord.

Les jambes ne sont plus là, parties en guerre,
Elles sont restées accrochées, sans nul repère
A un tombeau de fortune ou git la paire
Grouillant de vermine gourmande de chair.

La mort, cette amie si douce et si lente.
Quand elle arrive enfin à frôler, errante.
Elle s’arrête, s’attarde, se penche et s’impatiente
De conduire au loin ce repu de la tourmente.

L’amie s’éloigne, chargée de néant
Semant l’oubli, sur un souvenir béant.
Les jambes s’enfuient sanglantes vers l’océan
Coulée de sang d’enfants et de sève de géants…

© Amina MEKAHLI

La raison d’être d’une corde (texte contre la peine de mort)

Une corde n’est jamais raide, car ce n’est pas une pente. Je n’ai jamais su faire que des nœuds coulants, ceux qui ne tuent pas pour de vrai, des nœuds pour rire le jour de l’Aid

Un couteau est une arme blanche, une hâche aussi, une lame, un canif. Tout ce qui saigne est blanc, le sang est donc blanchi. L’arme blanche fait donc couler du sang pas sale. L’arme blanche l’est avant de devenir rouge, et aussi après avoir été lavée. Le sang part très vite à l’eau. L’usage d’un essuie tout n’est pas nécessaire, si le temps ne presse pas trop. L’arme blanche sèche vite à l’air libre.

L’arme à feu est elle une arme avec fumée ? Puisqu’il n’y a pas de fumée sans feu, y a-t-il du feu sans fumée ?oui toutes les armes à feu ne font pas de fumée, donc point d’armes à fumée sans feu, mais quelques armes à feu sans fumée. Toutes les armes à feu font elles un trou ?oui toutes, sauf quand le trou existe déjà. Cela s’appelle tuer un mort, ou plus précisément faire un deuxième trou dans le premier trou qui a causé la mort du mort, qui n’était pas encore mort avant le premier trou,et que le deuxième trou n’a pas pu tuer,puisqu’il était déjà mort après le premier trou. C’est donc très important d’établir la culpabilité d’un trou, pour pouvoir établir l’innocence d’un autre.

La guillotine est elle adaptée pour toutes les têtes, ou bien faut-il la régler ? Le cas d’une grosse tête ne s’étant pas encore présenté, la question reste posée. Tous les cas de têtes sur les épaules n’ont pas eu besoin de réglages particuliers. La guillotine a été spécialement conçue pour les têtes dans les nuages, sinon elles ne se seraient pas laissées prendre, ensuite les têtes hautes parce qu’elles sont plus facilement repérées non pas par les chasseurs de têtes, quoique les raccourcis seraient tentants, mais par la guillotine elle-même.

La chaise électrique est elle une arme ? Une arme est par définition un outil qui tue en faisant mal .La chaise électrique fait très mal, je ne l’ai pas essayée, mais j’ai vu que les gens ont le temps de crier un peu plus longtemps. La chaise électrique est un outil qui tue lentement en faisant très mal. La chaise électrique est une arme lente et douloureuse. Il faut aussi être très patient car tous ces fils prennent du temps pour être installés. La chaise électrique est donc recommandée pour des personnes qui ne sont pas trop pressées de mourir, qui ont un peu de temps devant eux, quoi.

La chambre à gaz est une chambre. Ce qu’il y a dans une chambre est de l’ordre intime. Le gaz est létal, le gaz est donc l’arme, la chambre n’y est pour rien. La culpabilité du gaz étant établie et l’innocence de la chambre étant proclamée, nous sommes en droit de nous demander pourquoi une baie vitrée et pas une fenêtre ? Les sangles ne sont donc pas si sûres ? La remarque est que dans les chambres à gaz on manque d’air parce que des sangles sont mal ajustées. Pour ne pas étouffer, il faut faire le mort.

Le sabre et l’épée font l’épopée. Des épopées de sabres et d’épées ont nourri des enfances. Des enfants meurent sous les sabres. Il n’y a pas d’épopées d’enfants pour nourrir les sabres. Les épées non plus n’aiment pas les histoires d’enfants. L’histoire aime les épées. L’histoire ne connaît pas d’enfants sans histoires. Les enfants ne sauront jamais la vraie histoire. L’histoire de l’épée et du sabre est pourtant une histoire vraie mes enfants.

Le canon, la bombe, les missiles, les chars, la technologie de pointe te pointe du doigt. Il te faut tes lunettes pour regarder de plus prés.

Je ne regarde plus rien depuis longtemps .Je ne me rappelle pas de ces milliards qui ont péri pour que des milliards continuent de vivre. Je ne me rappelle pas des dinosaures, j’étais trop jeune, on n’avait pas la télé, on n’avait pas internet. On n’avait qu’un mouton pour l’Aid.

J’étais trop jeune pour porter des lunettes. Je n’aurai pas pu dire : passez moi mes lunettes je ne vois pas la corde !

 

© Amina MEKAHLI