Lettre ouverte à Monsieur Yasmina Khadra

Suite au droit d’insultes que vous venez de publier pour vous défendre d’un article du journaliste Kamel Daoud du Quotidien d’Oran, et le mot défendre est un doux euphémisme.

Ayant lu les deux papiers, je me donne le droit en tant que simple lectrice de vous répondre.

Pour ceux qui n’auraient pas lu cette correspondance parue sur le Quotidien d’Oran, reprise dans son intégralité sur ce lien ou votre droit de réponse nous donne un aperçu Monsieur, de votre langage bien loin ce matin de votre lyrisme vendeur.

Déjà écrire Monsieur Khadra me gêne un peu,cela fait personnage travesti dans un spectacle douteux mais bon à toute chose on s’habitue. Je me suis longuement demandée au début de votre « Carrière » littéraire menée comme un projet commercial, de quel apport serait le choix d’un pseudonyme féminin, par un militaire algérien. Les deux mots militaires et algériens ont leur importance dans ce choix de travestir son patronyme. Il ne faut pas nous éloigner de notre culture puisque c’est de cela qu’il s’agit, porter le nom d’une femme même si c’est la sienne est un geste commercial, cela me rappelle Cheb Abdou quand devant une journaliste il a dit non je ne suis pas homosexuel, j’ai décidé d’être efféminé pour être accepté dans les cercles de femmes, pour animer des soirées de femmes car les mariages ne sont pas mixtes en Algérie.

Monsieur Khadra lui a choisi d’être une femme à une période ou il était plus vendeur pour une femme qui parle de terrorisme, qui parle d’islamisme, qui parle de cette Algérie colportée en chuchotements et en bruits de couloirs, cette Algérie qui n’a eu à cette époque que des gens la fuyant pour parler d’elle au monde entier, vous le dites dans un entretien : [J’ai été tout de suite adopté par le lectorat français, du temps de la clandestinité : il y avait un mystère autour de mon pseudonyme, on ne savait pas qui se trouvait derrière ce nom. L’intérêt que mes livres ont suscité a fait que les gens ont voulu connaître la personne qui écrivait…] Vous avez choisi vous Monsieur Khadra ou Monsieur Yasmina, les deux sonnent bien la mascarade, d’être une femme comme moi pour parler de moi « Algérie » et très vite de vous surtout. Soit.

Vous savez je ne suis ni journaliste, ni écrivain, ni militaire, ni politique, donc cela me préserve de vous jalouser, et encore moins de vous envier, mais je suis une lectrice, une fourmi, qui lit entre les lignes, entre les mots, entre les souffles et les titres. Eh oui voyez-vous une autre des vos spécialités les titres, vous devez passer plus de temps à choisir vos titres qu’à écrire vos livres, et votre notoriété vous vient justement de ce choix judicieux de thématiques dans l’air du temps… Eh oui je peux vous en donner quelques exemples, Madame Khadra, oui madame sera plus commode pour moi, je vous avoue que cette émasculation que vous imposez à votre patronyme me dérange. Entre les hirondelles de Kaboul et les sirènes de Bagdad, votre Attentat tente les grands prix et dommage, on vous en veut, on vous jalouse, on ne vous reconnait pas à votre juste valeur, et j’en passe de tous les propos que vous avez eu quand la France comme vous le disiez vous a refusé le fameux Goncourt, mais enfin c’est fait ouf ! d’ailleurs ne dites-vous pas dans un entretien récemment que la France vous a rendu votre intégrité… et encore un petit tour de fourmi… vous dites au journal « Liberté » : « L’Académie française me rétablit dans mon « intégrité d’homme », et de romancier »… l’aviez-vous perdue ?

Je vous écris ce matin car j’ai lu un droit de réponse : un droit d’insultes, un droit de misère intellectuelle, un droit de fustiger la critique, un droit de maltraiter un journaliste parce qu’il a eu le malheur d’avoir été votre invité et peut-être votre ami. Vos mots sont d’une telle indigence de bon sens qu’ils en manquent de grâce et de beauté et oui difficile de parler beauté, humanité, égalité et amitié quand on est mégalomane, égoïste et opportuniste.

Monsieur L’écrivain, n’est-ce pas encore un des titres de vos livres et sans doute le titre le plus pompeux de votre série de best-sellers fabriqués entre une féminité empruntée et un machisme déguisé entre un patriotisme de parade et une persécution imaginée qui vous a mené jusqu’au Mexique… Votre passé dans l’armée algérienne vous a bien aidé pour devenir célèbre, mais aujourd’hui il vous aide pour ne plus vous investir dans les problèmes de ce même pays, ne plus parler de l’actualité de votre pays, en oubliant même que vous occupez un poste politique (Directeur du centre culturel algérien de Paris pour ceux qui ne vous connaissent pas, eh oui monsieur tout le monde ne vous connait pas !!), je cite l’Express, et oui je vous avais dit je suis une fourmi : [Il avoue s’être tu sur les événements de son pays après avoir été « présenté comme un militaire » par les médias qui l’interrogeaient, pour éviter « confusion » et « malveillance ».]

Monsieur L’artiste maudit, le penseur malade, l’intellectuel désabusé, le littéraire inégalé, l’Algérien persécuté vous avez un droit envers vos lecteurs, envers cette Algérie qui d’une façon ou d’une autre vous a rendu célèbre, le malheur des uns… eh oui j’use d’adages moins populaires que les vôtres du reste, mais n’êtes-vous pas un enfant du peuple au fait ? vous qui arrivez à vos conférences avec des gardes du corps…

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[Dans son fantasme, il assainissait, il élaguait pour ne garder que ce qui comptait à ses yeux. Et l’Arabe ne comptait pas à ses yeux. Il était dans son rêve algérien. Cela ne l’a pas empêché, dans son rôle de journaliste, de décrire le quotidien des Algériens avec justesse. Mais pas dans ses romans. J’ai toujours voulu lui répondre. « Ce que le jour doit à la nuit » (Ed. Julliard, 2008) est ma réponse algérienne, fraternelle. J’ai tout simplement voulu lui dire que l’Algérie, ce n’est pas ce type qu’on abat sur une plage parce qu’il fait chaud. J’ai voulu montrer que l’Algérien est une histoire, une épopée, une bravoure, une vaillance, une intelligence, une générosité. Toutes ces belles choses que Camus n’a pas réussi à déceler. J’ai toujours voulu lui dire que malgré la magnificence de ton talent, malgré ton immense génie, tu as été injuste avec l’Algérien !… Quand il écrivait dans la presse, il était hésitant. Il s’engageait, puis se rétractait, puis revenait… C’était quelqu’un qui n’arrivait pas à choisir. Il s’accrochait à cette Algérie comme un naufragé à son épave. Il n’avait qu’un seul rivage : que ce pays reste ce qu’il a toujours été pour lui. Il aimait atrocement ce pays. Et il était prêt à tous les sacrifices. Et jusqu’à sacrifier son âme pour son Algérie à lui. J’ai toujours dit qu’on ne devait jamais impliquer un écrivain ailleurs que dans son texte.]

…Dans ce dernier paragraphe, devinez qui parle de qui ? Et non voyez-vous c’est Yasmina qui parle de Camus eh oui ! Dans un article au titre pompeux de : « L’Arabe ne comptait pas à ses yeux » extrait d’un article sur Albert CAMUS. Cet Algérien est toujours aux aguets de ces voix qui parlent de lui en l’aimant dans le déni comme vous le faites si bien.

Voilà cher Yasmina c’était mon droit de réponse, moi lectrice algérienne lambda, fille du peuple comme vous, ayant connu le terrorisme comme vous, aimant l’Algérie et respectant la liberté de critiquer et le point de vue de mes amis. C’était aussi votre point de vue dans une interview d’Isabelle Masson :

IM : De quoi êtes-vous le plus fier ? 

YK : De ma victoire sur moi-même : pouvoir recevoir les coups et ne pas fléchir. Ça c’est une grande victoire ! Vivre dans l’exclusion, et ne jamais cesser de construire des passerelles avec le monde extérieur. Être étiqueté de tout, traité de tous les noms, et réussir des livres fantastiques, qui émerveillent le monde. Je suis traduit dans 22 pays, dont des pays qui ne savent même pas où se trouve l’Algérie . Et pourtant quand j’y débarque, il y a des gens qui m’accueillent, qui viennent me voir : ça c’est merveilleux. Je crois en l’Homme, en l’intelligence. J’ai été construit par des hommes intelligents et je ne vois pas pourquoi à mon tour je n’essayerais pas de rendre, ne fût-ce que le minimum de ce que j’ai reçu. Je ne crois pas beaucoup à la haine. La haine, la colère, la vengeance relèvent de ce qu’il y a de plus basique chez nous. La seule façon de reconquérir son humanité, c’est de transcender tout ça et d’aller vers les autres avec une foi inébranlable. Sinon, à quoi ça sert d’écrire ? Chacun écrit comme il l’entend. La littérature est aussi vaste que l’univers et aussi complexe que l’homme. Je suis venu à la littérature parce que j’aime. J’ai été privé de cet amour. Je le cherche partout : dans le regard des lecteurs, dans les critiques encourageantes, dans le succès de mes livres.

Je retiens ce passage… « Je ne crois pas beaucoup à la haine. La haine, la colère, la vengeance relèvent de ce qu’il y a de plus basique chez nous. La seule façon de reconquérir son humanité, c’est de transcender tout ça et d’aller vers les autres avec une foi inébranlable. »

…plus facile de le dire que de le faire je vous l’accorde!

Je suis déçue car ce matin vous me prouvez exactement le contraire de tout ce que vous dites dans vos livres et dans vos entretiens, mais cela ne date pas d’aujourd’hui, je tenais à vous le dire, mais peut-être ne liriez-vous jamais ma lettre car voyez-vous moi je ne vous connais pas et donc dommage vous ne pourrez pas m’aider à publier ma lettre.

© Amina MEKAHLI

Entaille

Terre qui chante sous mon ventre,
vaisseau fantôme d’une tradition,
enroulée dans une chair à canons.

Tes cuisses ficelées à ta volonté,
tremblent de noirceur et de nuit,
ton antre dévisagée sous ta douleur,
se ploie sous les regards de la folie.

Petite immortelle entachée,
tu brûles le sable qui se dérobe de honte,
sous ton continent de sortilèges.

Petite source trahie,
tu t’assèches de sève et t’allonges brisée,
pour couper l’arbre de tes gènes meurtris,
sous tes pieds engloutis.

Terre qui gronde sous ton silence,
découpé en testaments du grand salut,
tu enfanteras tes ennemis.

Vol de l’oiseau,arrachement et les ailes.
Afrique vole vers toi!tu feras tomber les racines
mal faisant et la magie du diamant sans maître!

Petite bouche tu me souris,
et je te pleure quand je m’en vais,
sur tes allées écartelées,
aux doux regards du sang versé.

Petite haine du barbier,
tu joues dans la rue avec tes coquillages,
tes doigts pointés au ciel ,courant après l’étoile,
tes jambes disparues sous ta robe ensanglantée.

‎ »Terre qui chante sous mon ventre,
vaisseau fantôme d’une tradition,
enroulée dans une chair à canons,
Afrique viole toi! »

© Amina MEKAHLI.

(Ce texte est dedié à toutes les personnes qui subissent des sévices corporels au nom d’une tradition ou d’une religion.)

Les fleurs barbelées

Ce matin j’écris.
J’écris pour ne rien faire d’autre,
pour m’habiller, me dévêtir
et m’écrire comme un vers nu
puis manger les restes de moi.

Miettes bleuies de satiété.

J’écris pour ne plus rien chercher.
pour laver la route des yeux
qui voient passer les habitudes,
s’affairant comme des soldats,
qui n’ont jamais connu la guerre.

J’écris pour ne pas fermer les mots,
pour découper en petits bruits,
la peine perdue des grands voyages,
les ranger comme des aller-retours
dans un vieux recueil maltraité.

J’écris pour ne rien dire d’autre,
pour broder les signes de l’eau
et prendre un air de jamais vu.
Pour ressembler à ma bouche
comme deux gouttes de pluie.

Ce matin j’ai fini
par barbouiller de rosée
les fleurs barbelées
du champs des possibles.

© Amina MEKAHLI

Chair frelatée

Les plis de ta peau s’interrogent souvent
dans le cours de l’eau qui passe sans sursaut
sur ton désir boiteux de la chair en voyage
Quand les mouettes s’arrêtent et les rossignols tombent
d’un ciel en miettes qui s’effrite en pardons.
Rancune d’un soir d’été qui se propage onde brûlée
dans des corps écarlates aux lèvres fumantes
Quand le sein se dessine sur le livre enflammé
tombé dans la fournaise des frissons calcinés
le feu s’agrippe encore à des pages tiraillées
entre un rêve éveillé et des songes fabriqués
Tes mains!Oh tes mains! menteuses et silencieuses
qui brodent les jours de gloire sans glas et sans épée
tes mains sont le tempo du bruit de ta ferveur
prière de sanctuaire qui s’adresse aux vieux serments.
Voilà le chant des anges qui volent sur la chaumière!
sans portes et sans fenêtres ouverte aux âmes bleues
les bras s’allongent aveugles pour balayer l’adieu
mais le ciel s’invite sentence et tape au grilles du jour.
Voilà ton rire s’enfuit poursuivant le vent nouveau!
qui souffle sa rose colère sur le sentier d’une peau grisée
par ton geste qui agonise en murmures de vieux regrets
dans une oreille qui grince en se serrant contre l’oubli
rien ne survivra à ta scène qui se dérobe en toi..
ni les rideaux cousus de nuit ni leur étoile en otage
Rien! marionnettiste tu tires les fils des âmes en bois
et tu façonnes des corps d’argile à l’insu des statues de sel.

© Amina MEKAHLI