Natale

Si je dois rougir de tes dunes arides et de ton sol
Éventré et desséché que j’ai tété goulûment
Jusqu’à vomir sa sève dans la méditerranée
Si je dois rougir de toi ma bien aimée natale
Je préfère alors noircir au crayon toute la clarté de ce jour.

© Amina MEKAHLI

Si un jour tu ne veux plus

C’est quand tu as caché un baiser dans ma main
Que tu es revenu pour le chercher enfin
En creusant un tunnel sous mes rides d’enfant
Pour traverser mon coeur en nageant dans le vent
Tu as fait de mes nuits un drapeau sans pays
Qui flotte sur mon visage comme valse la vie
Je ne ferme plus les portes par où passe l’ennui
Pour que s’envolent un peu les oiseaux empaillés

Si, un jour tu t’enfuis
Si, un jour tu ne veux plus
Dis le moi en chantant
Avec ta voix qui tremble
Dis le moi en chantant
Cet air qui nous ressemble
Dis le moi en chantant
La musique d’une vie

L’amour s’est endormi dans un lac gelé
Et plus rien ne peut plus jamais le réveiller
Un rayon de soleil, un papillon gêné
Ont tenté sans succès de le réanimer
Mais qui osera encore de sa grâce toucher
A la glace revenue habiter cette beauté
Je n’ai plus les pouvoirs magiques d’une fée
Qui avait en son temps deviné un secret

Si, un jour tu t’enfuis
Si, un jour tu ne veux plus
Dis le moi en chantant
Avec ta voix qui tremble
Dis le moi en chantant
Cet air que tu connais
Dis le moi en chantant
La musique de ta vie

Je n’ai plus cette force, je n’ai plus cette audace
Je n’ai plus dans mon âme de quoi te retrouver
Si mes yeux continuent à te voir quelques fois
C’est parce que ton visage s’est creusé dans le temps
Et que même si je pleure de joie en te cherchant
Dans mes vieux souvenirs où tu passes souvent
Je resserre les poings en chantant ce refrain
Qui ressemble au baiser endormi dans ma main.

© Amina MEKAHLI

Vieille catin du temps. Mère, Terre.

Elle n’a plus de pudeur elle nue sous ses haillons
Ses seins avaient nourri tous ces hommes assis
Son ventre était plus rond que la terre de Galilée
Et son sexe a disparu dans la lourdeur des fagots.
Elle a eu sur les flancs l’enfance en équilibre
Et sur sa tête plombés des paniers de survie
Quand elle sourit parfois aux arbres qu’elle écoute
Son visage rayonne d’une vieille lumière brûlée.
Elle fit l’amour jadis avec tous les passants
Et couva en sa croupe les semences oubliées
Sa lignée se répand un flux nauséabond
Sur le fleuve qui abreuve le dictât du salut.
Elle ne parle qu’une langue celle des brebis
Qu’elle traduit en dormant pour parler aux bergers
Quand revient le matin sur les mots confondus
Elle n’a pour toute étoile qu’un bâton de sourcier
Sur son dos qui se courbe se posent les hirondelles
Tandis que de ses mains elle caresse les tombeaux
Où dorment ses amants ses enfants et le temps
D’une mort qui ressemble aux lenteurs de la vie.
Elle erre sur des os dans sa chair décidée
Le pas lent racoleur et le souffle coupé
Le sol se retourne sous la honte qui marche
Vers demain sur un globe tatoué au henné.

© Amina MEKAHLI.

Je remercie mon amie poète et artiste plasticienne Marie Hurtrel qui m’a autorisée à utiliser la photo de sa toile “Terre et Mère” cette toile si forte qui m’a inspirée en partie pour l’écriture de ce texte, elle m’a aidée aussi pour le choix de mon titre.

http://www.art-hurtrel.com/pages/mouvements/portraits-et-corporels.html

"Terre et Mère" par Marie Hutrel.
acrylique,  collage, jute, pierre ponce, plâtre.

“Terre et Mère” par Marie Hutrel. acrylique, collage, jute, pierre ponce, plâtre.

Décollement

Le silence diaphane
Qui habillait de grâce
Mon coeur gros
A la fin se déchire
J’essuie la lave des mots
Sans un bruit.

© Amina MEKAHLI