Histoires à écrire debout (6)

C’est un taxi inter-urbain une vieille 504 break année 1965, je suis assise à la place devant, depuis qu’un jour j’ai trouvé un règlement qui traînait dans un taxi et que j’y ai lu, si une femme arrive et que tous les autres passagers sont des hommes, elle a la place de devant, je ne me gêne plus, depuis pour réclamer ma place. Le vieux chauffeur est très sérieux, de ceux qui vous mettent le coran dés qu’ils démarrent, et là aussi la lecture du règlement a été utile, l’utilisation du poste radio se fait avec l’accord des clients, donc chemin faisant, je reçois un coup de fil, je lui demande de baisser le volume et il me regarde bizarrement, comment j’ai osé lui demander d’arrêter le coran, et je lui dis c’est marqué dans votre règlement ! Je décroche donc et je papote, je raconte à mon ami, que le conducteur roule doucement, car à chaque fois qu’il accélère, son capot s’ouvre et il est obligé de s’arrêter pour le refermer, je me donne à cœur joie à décrire le vieux tacot en français pour pas être comprise, tandis que le vieux lui discute avec les autres passagers en arabe. Une heure après, et quelques coups de fils pendant lesquels j’étais morte de rire à décrire mon voyage, la voiture et tout. Mon ami qui devait venir me récupérer me demande à quelle heure je serais à la station. Je reprends mon sérieux et je demande en arabe au vieux chauffeur : El hadj dans combien de temps nous serons arrivés? Et là El hadj me répond dans un français parfait : nous serons à la station dans exactement quinze minutes… La honte !

© Amina MEKAHLI

Histoires à écrire debout (5)

C’est mon ancienne femme de ménage je lui offre un petit cadeau d’anniversaire et elle me dit non ce n’est pas je que voulais, je voulais le parfum Dolce Vita de Dior.

C’est une jeune femme très intellectuelle, qui sort avec un homme marié et qui va trouver une copine dans les toilettes d’une soirée pensant qu’elle draguait le type en question et qui lui dit: deux oui, trois jamais.

C’est une voisine femme de théâtre qui a mis une caméra de surveillance sur le palier et qui dit que c’est pour surveiller un voisin médecin qui lui jette des animaux empaillés et de la sorcellerie devant sa porte.

C’est un guide dans le désert lors d’une sortie, qui me prend en aparté derrière une dune pour me montrer le paysage et qui me dit: je fais tout le catalogue, je lui dis ça tombe bien, je suis intéressée de faire des choses plus loin et plus variées dans le désert, et il m’a dit qu’avec lui tout était possible, je faisais déjà des projets de bivouac, et d’excursions dans ma tête, je lui demande plus de détails sur son catalogue, et il me répond que le sixe il le pratique dans toutes les pousitions poussibles…

© Amina MEKAHLI

Ceux qui vivent en Algérie (2)

Ceux qui vivent en Algérie

Ceux qui ont des surnoms ridicules pour cacher les prénoms de leurs aïeux/ Celles qui font la leçon de morale aux hommes pour qu’ils ne soient jamais soumis aux femmes/ Ceux qui cherchent toujours un distributeur au moment de payer l’addition/ Celles qui ont des très grands sacs et un tout petit porte-monnaie/ Ceux qui pensent que frapper une femme c’est très fatiguant à la longue/ Celles qui veulent faire leur voyage de noces à la Mecque/ Ceux qui mangent tous les soirs au resto avec leur maîtresse et qui font semblant de grignoter le dîner de leur femme qui le sait mais qui continue à faire semblant d’attendre/ Celles qui cachent leur cigarettes et leur briquet chez la voisine voilée/ Ceux qui accrochent un autocollant « koullou hada mine fadlillah » sur leur fourgon ANSEJ qu’ils n’ont pas l’intention de rembourser/ Celles qui ne mettent plus de préservatifs dans leur sac depuis que les flics leur demandent un livret de famille/ Ceux qui achètent un appartement pour sa fausse femme et qui laissent leur vraie femme habiter chez leurs mères/ Celles qui ont de faux cheveux, de faux sermons, de faux cils et de faux papiers mais qui savent reconnaître les faux billets/ Ceux qui nagent en eaux troubles et qui calculent très vite la surface parcourue pour la revendre/ Ceux qui glissent un billet dans leur permis à chaque contrôle même s’ils ne sont pas en effraction, question d’habitude/ Celles que tu croises dans la salle d’attente du gynécologue et qui te disent en partant :ni vu ni connu/ Ceux qui économisent toute l’année pour aller à cinq dans une voiture partager une chambre à cinq dans un hôtel cinq étoiles en Tunisie/ Celles qui attendent l’été avec impatience pour aller aux fêtes de mariage/ Celles qui enlèvent leur foulard au cybercafé devant la cam/ Celles qui ont trois numéros de téléphone et qui jonglent avec les sentiments payants/ Ceux qui disent encore devant leur bedaine mieux vaut faire envie que pitié/ Celles qui se rangent à un certain âge de l’autre côté de la méditerranée/ Ceux qui font la prière juste pendant le mois de Ramadan et qui achètent des vêtements neufs pour l’ Aid/ Celles qui demandent à faire la fatiha et le halal car elles en ont marre de se faire sodomiser/ Ceux qui vivent dans un taudis et qui un jour achètent un visa Pour 6000€ et partent vivre dans un taudis en occident/ Celles qui sont heureuses quand on leur dit toi tu es un homme! / Celui qui a un chapelet pour compter ses moutons/ Celles qui passent leur temps sur Facebook à pleurer les enfants de Palestine et qui se plaignent de tous ces gamins maliens dans les rues qui pullulent comme des mouches/ Ceux qui n’ont pas besoin d’avocat car ils connaissent le juge/ Celles qui font des études de pharmacie pour louer leur diplôme/ Ceux qui sortent avec des femmes de 40ans et qui épousent celles de 20 ans/ Ceux qui écrivent contre la corruption à tous les niveaux mais qui ne peuvent pas refuser un beau cadeau/ Celles qui pensent que coucher avec des hommes influents les rend influentes/ Ceux qui dénoncent le massacre des éléphants et des baleines mais baissent la tête et continuent leur chemin quand le voisin massacre sa femme/ Ceux et celles qui appellent les enfants adoptés les bâtards / Ceux et celles qui disent qu’ils vivent dans un pays de merde et qui ont mauvaise haleine.

© Amina Mekahli

Histoires à écrire debout (4)

C’est un professeur en Histoire à Paris je lui prête par amis interposés mon appartement d’Oran pour une dizaine de jour, il me ramène en cadeau un de ses livres dédicacé, mais sur le titre du livre, je lui demande pourquoi il n’a pas utilisé la page de garde pour cela, et il me répond sérieusement: Pour que tu ne puisses pas la déchirer et le revendre.

C’est un type dans le train qui nous voyant déballer nos sandwichs, n’arrête pas de dire à son gamin de trois quatre ans, va chez tata elle te donne à manger, au bout d’un moment, gênée je tends un sandwich au gamin, son père le prend et le mange.

C’est à la gare routière routière de Mostaganem, je sors pour prendre un taxi, et un s’arrête tout de suite, je monte à l’arrière lui donne l’adresse de mes cousins, on papote un peu, en arrivant je lui demande, c’est combien? Il se retourne me fait un sourire libidineux et me dit, je ne suis pas taxi. (Il avait juste une voiture jaune…)

C’est à un dîner dans un grand restaurant d’Alger, une trentaine de personnes que je ne connaissais pas toutes, à ma droite un monsieur très élégant, s’est présenté comme député, il me dit au bout d’un moment en s’approchant, vous avez de belles fesses madame, petit moment de flottement, je ne m’étais pourtant pas encore levée, je m’éloigne tant que je peux, la discussion à table s’anime, et puis il s’approche encore, et me dit en plus vous en avez deux! Je répond un peu fâchée, oui comme tout le monde, je ne sais plus quoi faire de ce pervers à ma droite, je n’ose même plus me lever pour aller aux toilettes, discussion, discussion et hop il s’approche encore, et elles sont très profondes…Là j’ai la minute de solitude, je lui tourne presque le dos, décidée à ne plus croiser son regard, et puis en se levant pour partir, il me dit, vraiment vous avez des fesses magnifiques surtout quand vous souriez, le pauvre il parlait de mes fossettes, et pour le punir de m’avoir fait passer une mauvaise soirée je ne l’ai pas corrigé.

© Amina MEKAHLI