J’échange encore et encore…

j’échange plume d’ange
qui ne s’échange
contre plume de paon
qui ne repond..
a ma plume plumée
de ses encres de seiche
si elle sèche…
j’echange mon café
contre un sucre
et mon journal
contre une bonne nouvelle
je donne ma langue
à tous les chats du monde.
J’echange ma réponse
contre vos doléances..
J’echange souffrance
qui se cache contre
chagrin qui se dilue…

© Amina MEKAHLI

A vol de rêves.

Le ciel se pliât sous mes bras
Les fils électriques étaient si fins
Et l’air si froid
Mais d’un froid coutumier
Fœtal
Je nageais dans le noir du monde
Sans voiles et sans navire
Les montagnes se tassaient
En un petit point très doux
C’était le point du retour
Le point du repère des cœurs
Les cœurs naissent parmi les points
Ils connaissent les montagnes
Et les grandeurs du néant
Les ailes ont oublié
Les ailes ne cherchent pas l’amour
Les ailes sont l’origine de tous les baisers.

Là haut, les ombres se reconnaissent
Elles s’effleurent dans les sillages du temps
L’éternité est un naufrage
Qui attire les mots au fond de l’abîme
Les habille d’espoir et de convalescence
Les enfonce dans le langage
Et dans la résignation.

©Amina MEKAHLI. 02/ Janvier / 1995.

Nous deviendrons des enfants des rues.

Les gens s’y préparent dès le réveil. Douchés, habillés pour la circonstance, parfumés. Pour rien au monde ils ne seraient en retard. La ponctualité est de rigueur. En voiture, à pied, dans les transports publics ; ils s’y rendent, hommes et femmes. Des vieux, des jeunes et parfois de grands enfants. Ils arrivent un peu avant l’heure, se saluent respectueusement, parlent à voix basse, échangent sur tout et rien sans grande emphase. Les femmes passent, les hommes baissent les yeux, leur cèdent le passage, les aident même, sans provocation ni mots déplacés.
Les lieux de rassemblement sont immaculés, climatisés ou chauffés selon les saisons. Le civisme y est exemplaire. Les toilettes sont propres, les coupures d’eau n’y existent pas. L’éclairage est assuré de nuit.
Les gens préservent cet environnement, en ayant les gestes appropriés. Certains se baissent même sur leur chemin pour ramasser qui un bout de papier, qui une bouteille d’eau vide qui traine.
Les lieux de rassemblement sont non-fumeurs. Tout le monde se plie à la règle sans même rechigner. Les parkings sont disponibles souvent et les conducteurs sont enclins au respect des règles. Admirable.
Les lieux de rassemblement où des conférences sont tenues, sont dotés des équipements adéquats de sonorisation. Le silence de l’auditoire est exemplaire aussi. Personne n’interrompt le conférencier, personne ne discute avec son voisin, ni ne crée une distraction.
Les gestes, les silences, les temps d’écoute, tout est minutieusement respecté jusqu’à la fin. La sortie se déroule aussi dans la bonne humeur et l’hilarité collective. Un monde de paix entrevu l’espace d’un rassemblement.
La rue enfin accueille toutes ces populations qui se déversent en flux.
Les habitudes reprennent, les bouteilles sont balancées sans scrupules. Les conducteurs redeviennent féroces et vulgaires. Les femmes redeviennent une ruelle plus loin, objet de distraction ou de jérémiades collectives.
Sifflées, huées, montrées du doigt et interpellées dans un jargon vulgaire et écervelé. La propreté des lieux, la convivialité, le respect d’autrui, le civisme, le bon entendement, la ponctualité cèdent le pas très vite à des comportements opposés, à l’impossibilité de toute cohabitation citoyenne.
Comment faire de l’exemple de ce lieu de rassemblement, un chemin de réflexion sur la décadence flagrante au quotidien, ses causes et ses conséquences ?
Créer des lieux où des centaines de personnes, voire des milliers puissent se rencontrer chaque semaine, pour une activité autre que religieuse, est du domaine de l’utopie. Un simple match de football nécessite aujourd’hui un dispositif de sécurité impressionnant. Les grands rassemblements font peur. Les foules sont devenues inquiétantes. Sans des autorisations de mille et une institutions, aucune action spontanée n’est envisageable. La rue est devenue un coupe-gorge pour l’individu. La rue est un sens interdit pour la joie de vivre.
Ce rassemblement de toutes les semaines, à la même heure : La prière du vendredi. Voilà de quoi sans doute observer de très près un vivre-ensemble. Un communautarisme civilisé.
Comment alors penser une modélisation de la société en dehors du terrain religieux ? Comment instaurer le civisme, l’individualisme responsable ? Comment légiférer sur le respect, sur le devoir, sur le vivre-ensemble ? Pourquoi en Algérie, aujourd’hui, seul le religieux est à même de donner des résultats, des exemples ? Quelle Algérie alors en dehors du religieux, quel modèle, quelle morale ? Qui est le citoyen algérien ? Qui le protège, qui le rend meilleur ?
La liberté de culte est un droit constitutionnel, mais cette liberté que deviendra-t-elle en dehors des mosquées et sans y mêler Dieu ? Demain l’Algérie, des vendredis, des samedis, des dimanches, des jours meilleurs, des rassemblements, des prises de conscience, des foules hétérogènes dans l’espace public, tout public.
Tant de privations ont versé l’individu dans la paranoïa du grand air, dans la hantise du nombre, dans le déni de l’autre, de tous les autres. Mais demain l’Algérie devra penser ses enfants, tous ses enfants, sans violence et sans haine. Demain la rue reprendra son droit, nous le souhaitons.
Un jour, nous ressortirons de nos peurs et nous deviendrons des enfants des rues…

Amina MEKAHLI.
Chronique du 08/08/2015.