Lecture de mon poème “Je suis de vous” extrait de “Nomade brûlant” (soirée de clôture du festival mondial de poésie Mihai Eminescu à Craiova en Roumanie)

Lecture de mon poème “Je suis de vous”, extrait de “Nomade brûlant” éditions Anep 2017, lors de la soirée de clôture du festival mondial de poésie Mihai Eminescu à Craiova en Roumanie, le 21 juin 2019.


Ne me regardez pas comme la grêle après la neige
Je suis de vous
Une infime vous
Et nulle part où aller sans vous emporter
En moi autour de mes peurs
Par delà mes souvenirs broyés entre vos dents
Ne me regardez pas comme la pluie sur le désert
Larme du ciel supplié
Ma chair a le goût de vos lois
Mes yeux ressemblent à votre horizon
Et je suis de vous pareille
En mille morceaux comme vous
Éparpillée sur la route du talion
Regardez moi cueillir les épines de l’amer
De mes mains nouées aux vôtres
Par le sceau des secrets
Mon dos sous vos jougs lacéré
Se lapide lui-même du péché
Et nulle part où aller sans vous emporter
En moi autour de mon cœur
Par delà mes espoirs
De balbutiements en finitude
Je suis de vous
Rien que de vous
Aimez ce qui est vous
Étrange et étranger
Qui sent l’odeur des vents millénaires et d’autrui
Emportez moi chez vous
Ce sera toujours chez moi
Ouvrez moi
Ouvrez vos yeux à ma nuit fatiguée
A mes jours sans raison
A mes heures sacrifiées
Égrenez les prénoms
Vous reconnaîtrez le mien
Parmi les livres empilés
Le livre de l’arbre vous le dira
Je suis de vous
Une infime vous
Et nulle part où aller sans vous pleurer
De toute mon absence
Mon bâton et ma boussole
Pleureront sur vos tombes
Quand ils trouveront mon nom
Sous les vôtres
Ouvrez moi
Ouvrez vos mains au retour des vagues
Qui vous confieront tous les exils
De vous
Ouvrez le vent et les nuages
Aux étoiles brisées
Contre vos remparts obscurs
Laissez passer la brume de l’instant
Laisser passer la rosée de demain
Ouvrez moi.

© Amina MEKAHLI. De toute mon absence.

*

Note de l’auteur

“Je suis de vous” est la traduction littérale de l’expression en arabe “انني منكم” une expression qui accompagnait le salut des voyageurs, pour faire les présentations préliminaires, “Je suis de vous” ainsi rassure, et ouvre le dialogue sur les origines et les appartenances. Cette expression aujourd’hui est devenue dans l’algérien dialectal “Tawa3na” “توعنا” littéralement “C’est à nous”. Pour présenter un nouveau venu dans un groupe, une famille, une société, dire celui-là “Tawa3na” est le code de confiance et d’intégration au sein du cercle. Le vous est multiple et discontinu, les Vous, ainsi se forment, sur des racines millénaires ou éphémères.

“Je suis de vous” est la seule expression pour dire je ne suis ni étrange ni étranger, ni “غرىب” ni “براني” Gharib et Barrani.

En effet le mot Gharib signifie aussi bien l’étrange que le celui qui est parti, on dira il est Gharib, pour dire il est étrange et aussi étranger, dans l’exil.

Ainsi l’expression “Je suis de vous” se retrouve beaucoup dans les poèmes à transmission orale, repris dans le terroir par les chanteurs populaires de Rai, dans les chansons Rai, l’expression “ana menkoum” “انني منكم” se retrouve souvent dans de longues complaintes, sur le rejet, la trahison, et l’indifférence.


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Trois poèmes traduits en anglais par Huguette Bertrand (Canada) en vue d’une traduction coréenne à paraître dans deux anthologies par l’éditeur américain Stanley H. Barkan

Sur un quai de gare sans train

Délier ma langue et ma pelote et délier
le vent sur mon voile terreux, sur mes seins
et sur mes lèvres ; sur la femme interdite
que j’ai domptée comme on dompte un lion.

Délier mes parchemins vieux de mille ans
et délier les filaments de chair sur l’horloge
et sur les toiles d’araignée de l’absence,
que je chasse de mes doigts fatigués d’écrire.

Délier les nœuds de mes pense-bêtes
et les délaver des souvenirs embarrassants
laissés comme un bagage de trop
sur un quai de gare sans train.

©Amina MEKAHLI

On a station platform without a train

Untie my tongue and untie
the wind on my earthy veil, on my breasts
and on my lips; on the forbidden woman
that I have tamed like a lion

Untie my thousand-year-old scrolls
and untie the flesh filaments on the clock
and on the cobwebs of absence,
that I chase away with my fingers tired of writing.

Untie the knots from my reminders
and wash away embarrassing memories
left as an one too many luggage
on a station platform without a train.


Les ponts que je construirai de mes mots

L’eau a cessé de couler sous les genoux
Des arbres et des palmiers
Les ponts que je construirai de mes mots
Seront mon seul passage vers la mer

Il est un temps pour les adieux à l’insouciance
Il est un temps pour le tourment
Et je bâtirai de mes mains cet abri sans failles
Pour mes petits jours vieillissants

La pluie efface et le soleil recommence
Un par un ses rayons me regardent fuir
Vers l’espoir qui ne ferme pas les yeux
Vers la vie sous le joug des vieux sages

La dune se casse sous ma bouche asséchée
Les mots sont mouillés sous les paupières
Je serre ma canne sous mon pas décidé
Pour laisser des traces sur les sentiers battus.

©Amina MEKAHLI.

 

The bridges I will build with my own words

The water has stopped flowing below
Trees and palm trees
The bridges I will build with my own words
Will be my only passage to the sea

There is a time for farewells to carelessness
There is a time for torment
And I will build with my hands this flawless shelter
For my aging little days

The rain erases and the sun reappears
One by one its rays watch me fleeing
Towards hope that does not close its eyes
Towards life under the yoke of the old wise men

The dune breaks under my dry mouth
Words are wet under the eyelids
I hold on to my cane under my firm step
To leave tracks on the beaten trails


La plume inconsolable

Viens ma plume tout près
Il fait froid dehors et noir
Comme cette encre que tu aimais

Repose-toi du temps perdu
Où tu tremblais sous ta muse revenue

Repose-toi de la main des faussaires
Qui t’étranglaient de leurs mots détournés

Viens ma plume tous près
Là où tu pourras dormir et rêver
Du conte de fées que tu n’as pas écrit
Et de toutes ces histoires mal entendues

Allonge-toi ma plume sur la terre muette
Sous le vieux saule pleureur
Que tu n’as jamais pu consoler

Endors-toi ma plume sur cette feuille morte
Tombée du haut du ciel sur les racines oubliées
D’une forêt qui brûlait.

©Amina MEKAHLI.


The inconsolable feather

Come close my feather
It’s cold outside and dark
Like that ink you loved

Rest from wasted time
Where you were shaking when your muse came back

Rest from the counterfeiters’ hands
Strangling you with their hijacked words

Come close my feather
Where you can sleep and dream
of fairy tales you didn’t write
And all these misheard stories

Lie down on the mute earth my feather
Under the old weeping willow tree
That you’ve never been able to comfort

Sleep my pen on this dead leaf
Fallen from the top of the sky on the forgotten roots
From a burning forest.

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“Les fleurs du vivre” choisi par le comité d’organisation du Festival mondial de poésie “Mihai Eminescu” de Craiova en Roumanie pour mon récital ce mercredi 19 juin 2019 au soir

Les fleurs du vivre

S’il devait pleuvoir sur les océans
pour que la liberté parle aux poissons
pour que les vagues soignent les naufragés
pour que les frontières ouvrent leurs mains sales

S’il devait neiger sur les oracles
pour que les prophéties fondent en larmes
pour que les dieux rougissent des hommes
pour que le ciel tombe enfin amoureux de la terre

S’il devait venter sur les déserts
pour que la solitude emporte les écorchures
pour que les grains de folie embrassent la sagesse
pour que les enfants oublient les mots gourmands

S’il devait pleuvoir sur les toits brisés
pour que le froid nous resserre contre le destin
pour que le nid se referme sur l’enfant des mammouths
pour que les bouches essuient les rêves de la géographie

S’il devait neiger sur les forêts
pour que l’arbre enlace les feuilles mortes
pour que les chemins de l’ombre montent vers l’étoile
pour que les jeux interdits courent vers la raison qui s’enfuit

S’il devait pleuvoir des perles
pour que les yeux s’habillent de foi
pour que les mouchoirs blancs s’envolent vers les colombes
pour que les tristes sorts rentrent sous les bras des gens heureux

S’il devait neiger en nous
pour que nos cœurs apprennent à rire
pour que les morts se souviennent du soleil
pour que les âmes brisent les chaines des corps pendus

S’il devait une fois une seule fois et plus jamais
pleuvoir neiger venter sur les rêves des sans-passé
pour que la tendresse abreuve les seins arides
pour que le pain sente l’odeur des amours impossibles
pour que la patience s’habille des fleurs du vivre

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