L’oiseau a posé ses graines

L’oiseau a posé ses graines
dans la main coupée du lendemain
puis a versé un peu d’eau puisée dans
la bouche de l’avant au soleil
et il a regardé les cœurs se fermer
un à un comme des portes de prison
sur son visage perdu au milieu du chemin

Mais l’oiseau s’est souvenu du ciel
il s’est souvenu de ses ailes et des mirages
il s’est souvenu des étoiles et de la lune et de la liberté
il a souri un instant aux graines sous l’eau
dans la main coupée du lendemain
et il a applaudi en s’envolant comme s’envolent les oiseaux
et les anges et les rêves et toutes ces choses légères

@Amina MEKAHLI

Je voulais juste que tu ressentes

Je voulais juste que tu ressentes la gravité
du poids des mots qui ne viennent pas
au bout de mes doigts qui caressent la distance
entre nous et les étoiles
en serrant ta plume et mon encre

Tu arriveras avant moi au bout de mes rêves
haletant de joie et d’oubli
sur le bord de la route où je t’attendais
les mains levées au ciel
et les yeux humides des larmes de la nuit

Tu vois, je ne t’ai jamais rien promis
mais je t’ai fait le serment de te parler
dans la nuit, quand les bêtes sauvages hurlent
et quand les poissons racontent leurs secrets
aux corps qui flottent sur les bouées du destin

J’inventerai alors des milliers de virgules
pour séparer les aveux des espérances inouïes
et je dessinerai maladroitement comme à chaque fois
un sourire sur le croquis de ton âme
resté accroché aux remparts de mon cœur

Amina MEKAHLI

Anthologie de poèmes

Dernier passage du troisième trimestre 2020.

Je tiens à remercier chaleureusement notre fidèle Comité de lecture qui tient bon la route depuis le début de l’année alors que nos fuseaux horaires diffèrent tellement, qu’il devient difficile de se concerter aux moments voulus. J’en profite aussi pour dire qu’en ma qualité d’initiateur de cette Anthologie 2020, je reste à la même enseigne que tous les auteurs présentant des textes et je suis soumis au même titre qu’eux au vote des membres du Comité. Mon seul privilège est d’aller récolter des poèmes ici et là au gré de mes rencontres sur Facebook et parfois même sur d’autres réseaux sociaux. Je tiens encore à exprimer ma reconnaissances à tous ces auteurs lesquels chaque jour me mettent du baume au coeur en animant cette page qui est devenue très vivante au fil des mois. L’Anthologie se terminera le 24 décembre prochain et le dernier Cahier paraîtra sur Danger Poésie la veille du jour de l’An. Dès octobre, les poètes qui ont déjà beaucoup publié depuis le début de l’année le seront beaucoup moins afin de faire une place à de nouveaux auteurs. Je vous embrasse tous avec toute ma reconnaissance.


Ont participé à ce trente sixième Cahier: André Chenet, Carole Carcillo Mesrobian, Thierry Mathiasin, Amina Mekahli, Sohrab Spehr, Domi Bergougnoux, Ahmed Ben Mahmoud, Patricia Ligouis Fort, François Teyssandier, Isabelle Brechet Brandy, Charles Lechesnier, Martine Rouhart, Pascal Depresle, Elisa Ka, Eric Costan, Huguette Bertrand, Jacques Rolland, Denise le Dantec, Elbeau Carlynx, Pat Ryckewaert, Laurent Chaineux Schenmetzler, Cristina Castello, José Eugène, Geneviève Catta, Daniel Fossier, Carmen Penn Ar Run, Gilles Compagnon, Denise Rigot-Dessirier, Dom Corrieras

https://poesiedanger.blogspot.com/2020/09/poetes-en-roue-libre-36.html

Tous leurs silences me tuent

Tous leurs silences me tuent
et leur abnégation m’étouffe,
leurs regards vers un soleil qui ne leur appartient pas,
leurs ambitions empruntées aux banques,
leurs peurs maquillées de douceur,
et leur faim jamais rassasiée.

Je suis lasse de ramasser du bois
pour réchauffer mon cœur glacé
par les couteaux dans le dos
par les silences enrobés de mépris
par l’ignorance qui me tue avec les miens,
sous les vagues désolées de la Méditerranée.

Je meurs autant que je ne vis plus
en regardant les nuages confus sur ma terre
en pleurant comme la pluie sur une cour d’école
en fermant les persiennes pour ne plus voir la lumière
en pétrissant du pain pour narguer la famine
en embrassant mes pantoufles avant de franchir le brasier…

Amina MEKAHLI