“Je suis de vous” traduit en italien par Daniela Lupi

Sono una di voi
Non mi guardate come la grandine dopo la pioggia
Sono una di voi
Ho qualcosa d’infinitesimale
E nessun posto dove andare dentro di me
Attorno alle mie ansie
Intorno ai miei ricordi frantumati tra i vostri denti

Non mi guardate come la pioggia nel deserto
Lacrime dal cielo implorato
La mia carne ha il sapore delle regole
I miei occhi assomigliano al vostro orizzonte
E sono uguale in tanti modi
In mille pezzi come voi
Persa sulla strada del taglione

Guardatemi come raccolgo le spine della tristezza
Con le mani legate
Insieme con le vostre
Con il sigillo dei segreti
Il dorso sotto il vostro giogo
Si frusta da solo per i suoi peccati
In ogni posto quando parto
Non posso prendere niente
Dentro di me attorno al mio cuore
Solo là, la speranza blatera senza finire

Sono una di voi
Niente di più di voi

Amate quello che è vostro
È strano essere un estraneo
Di quelli che sentono il vento millenario
E da vicino portatemi verso di voi
E sarò sempre a casa mia

Apritemi!

Aprite gli occhi nella mia stanca notte
Ai miei giorni senza ragione
Alle mie ore sacrificate
Sgranati i prenomi
Riconoscerete il mio
Tramite i libri sovrapposti
Il libro dell’albero vi dirà che

Sono dei vostri
Delle infime parti di voi

Senza un posto dove andare
Senza piangere
La mia assenza
Il mio bastone e la mia bussola
Piangeranno sulle vostre tombe
Quando scopriranno il mio nome
Sotto il vostro

Apritemi!

Aprite le mani sulle onde che ritornano
Tutti confesseranno il loro esilio
Rilasciate il vento e le nuvole
Le stelle schiacciate
Con i vostri muri oscuri

Lasciate andare la rugiada del momento
Lasciate passare la rugiada del giorno

Apritemi

© Amina MEKAHLI
Traductrice Daniela Lupi

Les derviches ne tournent plus

Des corps d’hommes et de femmes
Des barbes et des foulards
Des enfants courant à perte de vue
Des cheveux qui poussent comme des arbres
Des corps qui se taisent sous le drapeau
Des livres saints et d’autres malsains et puis des épées
Pour couper les têtes entre les deux
Un monde qui gesticule sous la culpabilité
Des vagues qui dressent des cadavres comme on dresse
Des ours dans une cage
Des constitutions comme des costumes au rabais
Pour habiller la nudité des sans-papiers
Des pays comme des étoiles filantes qui disparaissent
Sous les regards des rêveurs
Des gouvernements qui n’aiment pas les humains
Et des humains qui n’aiment plus personne
Des bouches qui se tordent sous les mots
Et des mots qui ne veulent plus rien dire
Des monopoles de l’âme qui distribuent les enfers
De l’argent partout pour empiffrer les nantis
Et des affamés qui verdissent de puanteur
Des objets inutiles qui valent deux siècles de salaire
Et un bol de riz qui coûte plus cher que la vie
Le tournis des derviches ne sert plus la boussole
Celle du monde qui tourne à reculons…

Amina MEKAHLI. Où allons-nous ?

“L’eau des roses assassinées” – Exclusivité pour le dialogue poétique « Nouvelles Voix » Espagne/ Algérie/ Tunisie, Juin 2019

L’eau des roses assassinées

Nous sommes ce pays du levant
Et cet autre pays du couchant
Agrippés au soleil comme des ballons qui s’envolent
Au-dessus des cimetières profanés
Agrippés au cœur des hommes qui s’enfuient
Devenus d’incontournables morceaux de pierre
Nous entrons par les portes du ciel
Et nous sortons par les fenêtres des prisons
Désarmés nous brandissons nos mains
Pour pointer du doigt le salut de nos âmes
Nos bouches posées sur les tombes des martyrs
Murmurent des cris dans la langue des vivants
Pour que le vent se lève enfin avec les voiles
Sous l’ombre de l’arbre aux racines noyées dans la mer
Nous entrons par la vallée de la Soummam
Et nous sortons par le détroit de Gibraltar
Asphyxiés par l’air confiné de l’histoire en ruine
Vêtus de drapeaux trempés dans l’encre noire
Nos têtes brûlées et nos cœurs mutilés,
Nous traversons les barbelés des esprits fermés à double tour
Nous rampons sous les vagues et sous la marée humaine,
Jusqu’au lever du jour d’avant et celui du rêve d’après
Nous sommes ce pays du levant
Et cet autre pays du couchant
Agrippés à la lune comme des étoiles filantes
Une nuit quelque part dans le désert du Hoggar
Agrippés au coeur des hommes qui reviennent
Devenus d’infranchissables dunes de sable
Nous descendons vers le long fleuve tranquille
Pour laver notre honneur de l’infamie du code
Et nous remontons vers la cime des possibles
Pour étendre nos linceuls à l’air libre en chantant
Nous avons épuisé les mots durs et le blé tendre
Et nous avons asséché les puits d’amour et d’eau fraîche
Nous subsistons en avalant nos noms perdus sur le bout de la langue
Et en buvant nos larmes restées en travers de la gorge
Nous tournons le dos aux fruits de nos entrailles
Le visage enfoui dans les jupons de mère patrie
Nous cherchons ses mamelles gorgées de désespoir
Pour nourrir de leurs richesses toutes nos indignations
Nos yeux aux volets clos et nos oreilles dans les poches
Nous avançons à tâtons sur le sillage des oiseaux muets
Cherchant la porte dérobée du pays imaginaire
Que nous dessinons du regard sur le mur du son
Nous sommes ce pays du levant
Et cet autre pays du couchant
Agrippés au mât du radeau qui chavire
Comme des méduses que la vie rejette sur la rive d’en bas
Agrippés au tracé des frontières entre les peuples
Devenues d’insurmontables murailles de haine
Nous nageons dans les eaux troubles de la paix
Pour échouer sur l’île perdue de la mémoire
Nos corps finissant en queue de poisson
Gigotent dans le ventre de l’ogresse insatiable
Nos voix aiguisées comme des lames de fond
Se déploient à l’unisson sur le vacarme du monde
Pour briser le silence de cette bouche cousue
Au fil blanc des mensonges que l’oubli a tissés
Nous marchons la tête haute sous le joug des képis
Comme des funambules au dessus du vide des sens
Nous inscrivons le jour saint sur le livre des comptes
En trempant le destin dans l’eau des roses assassinées…

©Amina Mekahli. Poème inédit

Exclusivité pour le dialogue poétique « Nouvelles Voix »
Espagne/ Algérie/ Tunisie, Juin 2019.