La poésie muette

J’ai vu de la poésie,
Dans une salle d’hôpital, où des femmes affolées disent à une femme qui serre une petite fille dans ses bras en pleurant :Vous êtes sa maman, vous étiez où, cela fait un moment qu’elle crie de douleur après sa sortie du bloc ?et la femme qui après avoir calmé la petite fille, leur répond : Non je ne suis pas sa maman, je suis venue en consultation, j’ai entendu des cris d’enfant, j’ai accouru.

J’ai vu de la poésie,
A la sortie d’un marché, un homme qui donne son couffin plein, à un vieux qui lui tend la main timidement, et lui dit d’une voix pleine d’émotion : Tiens mon vieux et rentre chez toi il faut trop froid pour rester sous la pluie.

J’ai vu de la poésie,
Dans la rue, où un homme battait sa femme sous l’œil curieux des voisins qui n’intervenaient pas,et un vieux qui s’interpose en disant : Je n’ai plus la force de frapper, mais toi tu l’as, alors frappe moi et laisse cette femme.

J’ai vu de la poésie,
Sur une plage magnifique, où un petit garçon haut comme trois pommes, a pris un sac en plastique et s’est mis à ramasser les détritus laissés sur le sable, après le départ d’un groupe de jeunes qui jouaient de la guitare et qui chantaient, sans que personne ne lui dise de le faire.

J’ai vu de la poésie,
Dans un orphelinat, où un jeune couple avec un bébé dans un landau, s’occupe très bien des enfants et à qui on demande : C’est votre enfant ? Vous le ramenez avec vous tous les jours au travail ? Nous on vit ici, on a grandit ici aussi, nous nous sommes mariés et notre fils est né ici, on est de vieux orphelins qui essayent de faire en sorte que les plus jeunes ne le soient plus, disent-ils en souriant timidement.

J’ai vu de la poésie,
Dans des gestes de vie, des gestes de beauté, de beauté sans discours, une poésie muette dont le seul talent est la beauté du geste.

© Amina MEKAHLI

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