Jument pucelle

Crinière brulée et front en nage
Malin tournoi, tournoi malin.
Jeux de quilles et quilles de vilains
Main sans doigts, doigts sans anneau
Anneau gastrique justifie les moyens.

Crinière de feu, visage visqueux
Maudit voyage, voyage maudit
Chemin tout droit sans pied gauche
Canne à sucre, yeux fermés.
Chien d’aveugle, laisse en joug.

Crinière charnière, chainon manquant.
Primate premier, premier primate.
Sujet singeant, couronne de pain.
Fausse fourrure sur vraie sottise.
Cervelle au beurre et cœur grillé.

Crinière au vent, paupières closes
Espace temps, temps espace.
Ailes brulées, ange déçu.
Dents blanches sur idées noires
Prairie verte pour brebis retrouvée.

Crinière rasée, crâne pudique.
Désirs timides, timides désirs.
Cheval chauve, chauve souris
Sourire en coin, angle obtus.
Tiroirs fermés, plan commode.

Cheval poulain, jument pucelle.
Baisers fermés, ombrelle ouverte.
Soleil de plomb, ombre chinoise.
Bourse des valeurs, principe de Peter.
Joker atout, atout joker.

© Amina MEKAHLI

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La mort de l’enfant soldat

Sur les bords du cil s’installe et se profile
Le souvenir hideux de l’œil en exil
Frileuse mémoire qui ne dort ni ne file
Quand devant le présent les images se faufilent.

Un visage humecté se contraint au sourire
En un rictus tremblant de fièvre en délire
La bouche rassemblant ses troupes pour partir
Dans un râle étranglant une gorge en soupirs

Le cou de mille nœuds bleuâtres se dessine
Et la poitrine s’agite se déploie et s’échine.
Sur un cœur mal en point et un rythme qui décline
Décline, décline, décline, décline…

La peau s’éteint, le muscle se fane et s’endort
Les mains s’agrippent au vide en un vain essor
Le corps hurle, trahi par sa sève qui s’évapore.
Les oreilles s’attardent sur un factice désaccord.

Les jambes ne sont plus là, parties en guerre,
Elles sont restées accrochées, sans nul repère
A un tombeau de fortune ou git la paire
Grouillant de vermine gourmande de chair.

La mort, cette amie si douce et si lente.
Quand elle arrive enfin à frôler, errante.
Elle s’arrête, s’attarde, se penche et s’impatiente
De conduire au loin ce repu de la tourmente.

L’amie s’éloigne, chargée de néant
Semant l’oubli, sur un souvenir béant.
Les jambes s’enfuient sanglantes vers l’océan
Coulée de sang d’enfants et de sève de géants…

© Amina MEKAHLI

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Je n’échange plus je donne

Je donne
Matins obscurs,sous la penombre.
Réveils fougueux,humeur cerise.
Matins brumeux ,café mousseux.
Sourires d’enfants et pleurs d’antan…
Je donne
une fausse adresse,maladresse
un faux semblant,ressemblant.
une fausse commune,vraie mairie.
un faucon pèlerin,un pigeon voyageur.
Je donne
Des cheveux en l’air
un air de rien
un rien de rien
vaurien…
Je donne
Les biens mal acquis.
Les regards fuyants.
Les sourires en coin.
Les coins perdus…
Je donne
Un bienêtre volé.
un repos du guerrier.
La paix du berger.
Le sommeil du juste
Je te donne
Ce que tu veux prendre
A l’insu de toi même
Les yeux clos,le souffle court
L’air repu, l’âme en vol.
Ce que tu laisseras
Je le redonnerai un matin obscur,
sous la pénombre….
A un marchand de cerises.

© Amina MEKAHLI

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Echange toujours

J’échange cri strident.
Contre brosse à dents.
Hurlements
Contre aimant
J’échange bruits de fond
Contre vice de forme
Balbutiements
Contre bégaiement
Et mondes parallèles
Contre mots croisés
J’échange violon
Contre tous les violés Du monde…
Et contrebasse
Contre jour…
J’échange un os à moelle
Contre un chien errant
Un cheveu de toi
Contre un cheval Itinérant…
J’échange boule de nerf
Contre cristal
J’échange Bohême.
Contre bohème.

© Amina MEKAHLI

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