Viens sous mon froid bleu

Si délaissé tu fuis ton ombre

apaisant ta vertu aux non-dits

buvant à la santé des cendres

dans un dernier vers décomposé

le jet nauséabond de ta mal-vie.

 

Si déporté à l’autre bout de l’âme

tu vogues lointain sans emprise

cherchant l’île engloutie en ta mer

démontée, sous un ciel de tourment

à l’abri de ton épave, de tes débris.

 

Si délaissé tu fuis ton ombre

Comme je fuis mes décombres

en claquant des  pieds, meurtri

par les paroles d’un disparu

Viens sous mon froid bleu…

 

Buvons ces encres frelatées

Buvons à la santé des cendres

Buvons aux bruits de la vertu

Buvons le jet nauséabond  jusqu’à l’ennui …

 

Amina MEKAHLI.

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Testament de l’échec

Je t’écrivais souvent,je t’écrivais beaucoup,je t’écrivais trop. C’était trop.J’ai arrêté.Je m’écris à moi même souvent,un peu trop souvent,je me harcèle,je me dérange,je me fais sursauter à des heures indues,je me peste contre moi et je me rendors.Tu me questionnes souvent,tu m’interroges toujours,tu attends.Tu as tort.J’avais tort.Je t’écrivais parce que j’aime écrire.Je ne t’écrivais pas parce que j’aime t’écrire.Tu me l’as dit:Tu n’aimes pas lire.Tu me l’as dit et j’aime écrire.Tu me l’as dit:SI je ne te lis pas c’est parce que je ne t’aime pas.Je ne t’aimais pas non plus.Je t’écrivais car je voulais apprendre à aimer

t’écrire.

Je ne sais toujours pas si je t’écrivais

finalement.

Je ne sais même plus pourquoi écrire

finalement.

Les mots s’étranglent,les sens se tordent,les lignes  n’ont pas de souffle,les verbes ne tremblent pas,les points coupent la respiration.

 

Je ne sais pas écrire un sourire en coin.

Je ne sais pas écrire un regard complice.

 

Je ne sais plus écrire mon nom depuis que j’ai entendu une voix qui m’appelle dans la rue.

Amina MEKAHLI.(Extrait de “Testament de l’échec”)

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L’écho du tambour

Pas peur de te voir juste envie de t’entendre

Juste envie de toucher le rugueux de ton lisse

Te détruire la mémoire le temps d’une mélodie

Et y graver cette histoire que déjà je languis.

 

Pas peur de te voir ton image m’est absente

Mes mains te savent déja certitude effrontée

Sur ton ombre qui m’habite depuis que je te sais

Et que je m’ignore moi même,spectrale à tes côtés.

 

Pas peur de te voir si tu reviens, battements

Pour rouler sans partance sur ce rail éventré

Je te conterais les cailloux qui me traçaient l’oubli

Sur le quai des souvenirs où je range tes pupilles.

 

Pas peur  de te voir mes yeux sont en silence

Comme des arènes vides,de paresse et d’ennui .

Le sommeil les proméne sur des  rêves endeuillés

Et les abandonnent cois à ton visage inconnu

 

Pas peur de te voir juste envie de t’entendre

Me hurler ou me taire ce pourquoi je m’enfuis

A mille lieux sous ma voix qui porte aux vents

contraires,la fureur d’une vie sans image et sans bruit.

 

Amina MEKAHLI.

 

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Je suis un au retour

Le retour du départ, entrer dans la coupure, mettre le pied dans la lésion, le premier puis le deuxième, le corps dans la saignée du revenir, figer ses froidures sur le tiède que la mémoire tente désespérément de réchauffer,  en vaines bouffées bouffies par les nuits jumelles et dépareillées.

Le réveil de l’insomnie se fait annoncer par des songes superposés sur une estrade ouverte, grouillant de verres cassés et de bouteilles sinistrées poussiéreuses, couvertes de bruit et de soif, inertes et sourdes aux appels du dernier témoin qui  se décharge de moi pour vider les lieux- corps. Ordures.  Ma rue.

Le froid se répand  flaque sur la chaleur d’Humaine,  déboule, mouille les vieux os serrés l’un contre l’autre, les noie dans la bile, noire de servitude, flot  solide qui résiste aux apnées de mon flegme, aux dernières asphyxies de ma vigilance. L’agonie des cercles fermés rode autour de l’irrationnel carré de mon crane immergé dans la décharge électrique.

Le retour dans l’oubli, sans oubli, le detail toujours surgit, croise les oreilles sur un propos muet et s’agite tel le drapeau désespéré sur, un reste englouti, il gigote,  un râle grinçant les dents du palais sans secret.

Le retour en fanfare , les cuivres de la déconfiture, les timbales de Cerbère, les jappements de l’aphasie reconquise,

et puis, la clé au bout de la corde, dans le trou noir, théorie qui se multiplie, des tours dans le vide et puis des tours, et encore je tourne et puis je m’introduis et je tourne, le trou noir  me fuit, me tombe la clé et me ferme sans faille, je ne trouve plus mon échancrure, sa faille, je ne trouve plus l’entrée,  peut-être sortie? Je ne me rappelle pas si je suis condamnée dans  dedans ou dans hors de moi, je ne me rappelle pas, Cerbère, était  départ ou  retour? Je ne me rappelle pas, la sentence était dans lequel sens, je ne me rappelle pas , le nombre de mes os, la clé tombée de la corde dans le vide, je m’appelle, ma rue au bout de l’éclaircie, le drapeau déchiré flotte sur mon poumon gauche décollé, je suis ici en mon for dévalisé, je suis dedans le retour, je suis désarticulée du départ, je suis quelques os du déluge, je suis trois, deux, un os, je suis l’os de Cerbère, je suis un au retour.

© Amina MEKAHLI

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